Mais où sont passés nos samedis citoyens ?

D’après la plaquette remise aux jeunes Crollois avec leur première carte d’électeur, « la ville de Crolles organise tous les mois des samedis citoyens« . En pratique, il y en a eu six en 2015 et en 2016, puis deux en 2017 et 2018 et aucun en 2019. Ces temps forts de la démocratie participative sont en train de tomber aux oubliettes.

Intercommunalité, services publics de proximité, bouger autrement, sécurité et délinquance, prise en compte accrue des jeunes… Les samedis citoyens ont permis d’aborder ces dernières années de multiples sujets. L’affluence n’était pas importante – une quinzaine d’habitants en moyenne – mais les échanges avec les élus étaient de qualité. C’était une des façons de faire vivre l’un des engagements forts du programme de l’équipe élue en 2014 : la démocratie participative.

Une partie de la majorité n’y croit pas

Pourtant, à mi-2019, il faut bien se résigner à parler des samedis citoyens au passé. Ils sont en train de mourir de leur belle mort, faute de convictions et d’élus prêts à les porter. Ceux qui s’y sont essayés – j’en fais partie, comme l’ensemble des élus du groupe Crolles 2020 – ont fini par jeter l’éponge, non par déception, non par manque de participants ou de sujets, mais parce qu’une partie de la majorité municipale n’y croyait pas, quand elle n’y faisait pas directement obstruction.

Que reprochent-ils aux samedis citoyens ?

De demander beaucoup de temps et d’énergie : pour faire venir un habitant le samedi matin, il faut en contacter entre sept et huit par téléphone au préalable. Certains ne sont pas intéressés, d’autres hésitent, d’autres encore annoncent qu’ils viendront puis se ravisent… Mais c’est la règle dans ce domaine, et elle était connue dès le départ. On ne peut pas se contenter de cet argument.

La parole des habitants ? Ni légitime, ni pertinente

Je pense aussi que certains élus ne se sont pas sentis « confortables » quand des habitants les questionnaient sur leur domaine de compétence, ou exprimaient des suggestions ou des critiques. Oui, le samedi citoyen est un exercice d’humilité, de transparence et de franchise. Mais c’était plutôt une excellente raison de les poursuivre, surtout à l’échelle d’une commune de 8500 habitants. Les élus ne savent pas tout et peuvent considérer les échanges avec les habitants comme une occasion d’apprendre, et non comme une menace.

Enfin, je pense que ces mêmes élus ont réalisé qu’il était difficile de contacter des habitants par téléphone, de les inviter à dialoguer avec eux pendant une matinée, puis de mettre aux oubliettes tout ce qui s’était dit. Le samedi citoyen les contraignait à une sorte « d’obligation de retour » vis-à-vis des participants qui avaient investi du temps, avec le seul objectif de contribuer à l’intérêt général. Mais au sein de la majorité crolloise, beaucoup considèrent que la parole des habitants n’est ni légitime, ni pertinente. Vous m’avez élu en 2014 ? Alors, laissez-moi gérer la ville jusqu’en 2020 sans me déranger.

Cette incapacité à entendre des avis extérieurs a atteint des sommets en octobre 2016, lors du samedi citoyen qui a suivi la projection du film Demain. Sur les sept propositions émises ce jour-là en matière de déplacements, de déchets, de circuits alimentaires courts ou de fonctionnement démocratique, aucune n’a suscité le moindre retour de la mairie. Pire : les « incroyables comestibles » (cultures de légumes offerts à tous sur des espaces publics non occupés) lancés dans le parc Paturel à l’initiative d’habitants ont été rasés !

Arrêtons la publicité mensongère

Je déplore cet abandon progressif d’une des actions phares de notre programme. Mais je déplore encore davantage cette publicité mensongère, cette phrase qui parle d’engagement à des jeunes de 18 ans et leur vend des samedis citoyens qui n’existent plus, parce que les élus eux-mêmes n’y croient pas. Crolles mérite mieux, comme en témoigne le nombre de participants à nos réunions mensuelles.

Anne-Françoise Hyvrard