« La participation, c’est la clé de communes fortes et vivantes »

Ancienne secrétaire de mairie du Châtel-en-Trièves, Fanny Lacroix a vécu de près la démarche de participation qui a permis à cette commune de connaître une véritable renaissance. Elle a aussi derrière elle une expérience de consultante en démarches participatives, et anime le collectif « Tous et maintenant – Réinvestir la vie publique ». Nous l’avons rencontrée avant la réunion publique qu’elle co-animera à Crolles samedi 13 avril à 9h.

Vous êtes une fervente partisane de la participation. Pourquoi ?

Parce que nos dirigeants politiques peinent à trouver des solutions à la domination de la finance, au dérèglement climatique, aux dégâts environnementaux, à l’injustice sociale. Parce que les citoyens perdent confiance dans le système, alors que la confiance est le ciment de notre société. Et parce qu’à l’échelon de la commune, où chacun a des repères, tout individu peut décider de s’emparer ce qui lui est proche et familier. N’acceptons plus de subir, devenons acteurs. Se contenter d’aller voter ne suffit plus. Nous avons des idées, des indignations, des propositions : exprimons-les !

Quelles conditions faut-il réunir pour que la participation soit efficace ?

Il faut que les élus soient convaincus de l’utilité de la démarche, qu’ils reconnaissent leurs limites et acceptent de lâcher un peu les rênes. C’est nouveau, et c’est loin d’être gagné. Trop souvent, les maires considèrent la participation comme une perte de temps ou une démarche improductive, voire démagogique. Quant aux citoyens, ils peuvent être échaudés par des expériences décevantes, des simulacres de participation qui n’ont débouché sur rien. Disons-le autrement : il faut que tout le monde y croie, à commencer par les élus. On peut alors en attendre des résultats extraordinaires, comme je l’ai vécu à Châtel-en-Trièves.

Que s’est-il passé exactement à Châtel-en-Trièves ?

La commune, qui totalise 500 habitants, est née en 2017 de la fusion de Cordéac et de Saint Sébastien. En 2014, le centre-bourg de Saint Sébastien dépérissait : plus aucun commerce, plus aucun service public à part la mairie. Les élus ont décidé de racheter les deux bâtiments d’une ancienne colonie de vacances, avec 3 hectares de terrain. Et pour imaginer les futurs usages de cet espace, ils ont lancé une démarche de participation à laquelle ils croyaient vraiment.

C’est ainsi que sont nés un café-épicerie associatif, des jardins partagés, une carrière équestre communale qui attire des cavaliers de tout le Trièves… Plusieurs associations se sont montées pour faire vivre ces projets, à l’initiative des habitants. Elles comptent aujourd’hui 150 personnes, soit la moitié de la population de Saint Sébastien ! Aucun conseil municipal n’aurait pu créer un tel élan tout seul. La participation n’a pas seulement enrichi la démarche de la commune, elle en a été le principal moteur. Avec la participation, on construit des communes fortes et vivantes.

Croyez-vous qu’on puisse faire de la participation dans une ville comme Crolles, avec ses 9000 habitants ?

Quand j’exerçais en tant que consultante, il m’est arrivé d’animer des démarches de participation à l’échelle de la région Ile-de-France ! Cela dit, je reconnais que c’est plus facile avec un village. Quand la population d’une commune se chiffre en milliers d’habitants, il est tentant pour chacun de se dire « tout est déjà décidé« , ou « je ne pèse pas bien lourd dans les choix des élus« . Mieux vaut proposer des démarches à l’échelle d’un quartier, voire d’un hameau, pour que tout le monde se sente concerné. Et si en prime les élus veillent à ce que la participation ait des effets concrets et rapides, c’est encore mieux !