Energies renouvelables : Laval, commune pionnière

Pas besoin d’aller bien loin pour trouver une commune pionnière en matière d’énergies renouvelables (ENR). Laval, sur les premiers contreforts de Belledonne, a mené depuis 2014 plusieurs actions très innovantes. Nous avons rencontré son maire, Sébastien Eyraud, qui participe à la réunion publique du 20 juin salle Boris-Vian.

Pourquoi avez-vous décidé d’accorder autant d’importance aux ENR depuis que vous êtes devenu maire en 2014 ?

J’avais la conviction qu’il fallait le faire, je savais qu’il existait de nombreuses structures d’accompagnement et que nous pouvions bénéficier de subventions, couvrant parfois 80 % du coût des opérations. De plus, Laval dispose de centaines d’hectares de forêts, d’un bon ensoleillement et d’un cours d’eau sur lequel tournent déjà deux centrales hydro-électriques : les ENR sont disponibles en abondance.

Des émissions de gaz à effet de serre divisées par deux entre 2012 et 2018

Votre premier objectif a été de devenir une commune exemplaire en matière de consommation…

En effet. Nous avons étudié nos consommations sur plusieurs années en prenant en compte les kWh, et non les dépenses. Cette analyse nous a conduits à mieux réguler le chauffage des bâtiments publics, à ajuster certains abonnements, à améliorer l’isolation de toiture de l’école. Nous avons adopté l’extinction de l’éclairage public après une phase de concertation et d’expérimentation. Enfin, nous avons investi en 2018 dans une chaufferie bois qui alimente la mairie, l’école, des logements communaux et des salles associatives. Tous ces bâtiments étaient équipés jusque là de radiateurs électriques !

Quel est le bilan énergétique et financier de ces actions ?

Nous avons divisé par deux nos émissions de gaz à effet de serre entre 2012 et 2018. Nous économisons 2500 euros par an sur l’éclairage public, que nous affectons au budget de la bibliothèque. Quant à la chaufferie bois, elle sera amortie en cinq ans grâce aux subventions, puis nous réaliserons une économie annuelle de 12 000 euros.

En parallèle, vous avez favorisé la production d’ENR. Par quels moyens ?

Pour le bois, nous gérons les parcelles de forêt communale en lien étroit avec l’ONF et nous avons créé quatre routes forestières pour desservir les parcelles privées, en demandant aux propriétaires de participer aux dépenses. Depuis que ces routes existent, je constate que ces parcelles sont mieux gérées, font l’objet de coupes, etc.

Nous avons aussi implanté une centrale photovoltaïque de 9 kWc sur le toit des locaux techniques communaux, avec l’association Grési 21. Enfin, nous travaillons sur un projet de centrale hydro-électrique ; elle serait installée sur un terrain communal et exploitée par une société privée.

Au moins 50% d’ENR dans les nouvelles constructions

Vous incitez également les Lavallois à privilégier les ENR, notamment en imposant un minimum de 50 % d’ENR pour les nouvelles constructions. Comment cette mesure-a-t-elle été accueillie ?

Elle figurait dans le Plan local d’urbanisme (PLU) que nous avons finalisé entre août 2015 et février 2017*, après une large concertation avec les habitants. Elle n’a pas suscité une seule remarque. Quant aux familles qui ont fait construire sur la commune depuis, elles n’ont pas discuté ce choix. Je pense même qu’elles y ont gagné. Certains projets prévoyaient par exemple une pompe à chaleur, ce qui est une aberration à 1000 m d’altitude. Ils ont été réorientés vers un poêle à granulés, pour un coût d’achat équivalent et une dépense annuelle bien plus faible.

Que vous a apporté la concertation avec les habitants menée sur ces sujets depuis 2014 ?

Nous avons changé beaucoup de choses. Il fallait prendre le temps d’expliquer nos choix, d’autant que cela a permis d’améliorer certains projets. Par exemple, pour l’éclairage public, nous avons modifié l’implantation de certains luminaires après avoir découvert en réunion de concertation que certains étaient inutiles, alors que d’autres faisaient défaut dans des lieux de passage. La concertation aboutit à des décisions plus « intelligentes », mieux comprises et mieux acceptées.

« Ce que nous avons fait à Laval est faisable partout »

Il y a beaucoup de technicité dans les actions que vous avez menées. Est-ce à la portée de toutes les villes ?

Si nous l’avons fait à Laval, avec ses 1000 habitants, c’est faisable partout. Les communes peuvent s’appuyer sur une structure de conseil comme le Syndicat des énergies du département de l’Isère. Les particuliers peuvent être conseillés gratuitement par l’Ageden, une association iséroise. C’est elle, par exemple, qui a aidé les familles souhaitant construire sur notre commune. Quant aux subventions, elles sont nombreuses et couvrent une bonne partie des coûts. Si un maire a une vision et des convictions, il peut faire changer beaucoup de choses.

*le PLU de Laval a été annulé depuis par le tribunal administratif, pour un motif de pure forme. Un nouveau PLU devrait être approuvé début 2020 ; il réaffirmera cette ambition énergétique

Sébastien Eyraud – maire de Laval